
Le regard d'EuropaNova - Le rôle des villes, des régions et des territoires dans la construction de l'Europe de demain
Le rôle des villes, des régions et des territoires dans la construction de l'Europe de demain
Pour beaucoup, l'Europe se construit à Bruxelles, Luxembourg ou Strasbourg. Pour d'autres, elle se décide avant tout dans les capitales nationales, comme Berlin ou Paris.
Pourtant, en y regardant de plus près, on constate que les villes ont souvent été les véritables moteurs du changement, de la paix et de la compréhension entre les peuples européens, y compris dans les périodes les plus difficiles de notre histoire.
Sans les villes de Dresde et de Coventry, pionnières de la réconciliation après la Seconde Guerre mondiale, ou sans les maires de petites communes, les étudiants et les citoyens des régions frontalières qui ont fait tomber les barrières pour construire une Europe commune, cette histoire aurait été bien différente. Lorsqu'un village alsacien porte le nom de Scheibenhard et que son voisin allemand, en Rhénanie-Palatinat, s'appelle Scheibenhardt, la coopération transfrontalière devient presque une évidence.
Dans le contexte politique de 2026, cette réalité demeure plus actuelle que jamais. Les villes constituent le premier échelon de l'organisation démocratique nationale. Les régions, quant à elles, coopèrent quotidiennement avec leurs homologues, bien au-delà des frontières nationales, tout en entretenant un dialogue permanent avec leurs gouvernements respectifs. Cette nécessité de coopération n'a pas disparu avec le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne ; elle dépasse largement le seul cadre de l'UE à 27.
Quels sont alors, à partir d'expériences concrètes de terrain, les domaines dans lesquels les villes et les régions peuvent aujourd'hui contribuer à une Europe plus forte, plus prospère et plus résiliente ?
En premier lieu, les villes, parce qu'elles constituent l'échelon le plus proche des citoyens, sont les mieux placées pour répondre à leurs préoccupations quotidiennes. Elles entretiennent des liens étroits avec la société civile, les entreprises et les acteurs économiques locaux.
Selon les pays, les conseils municipaux et les maires disposent de compétences en matière d'éducation, de soutien aux établissements scolaires, d'organisation de cours de langues, d'échanges d'élèves ou encore de sensibilisation des jeunes générations à la construction européenne. Beaucoup de communes entretiennent également des partenariats de jumelage qui favorisent les échanges, la compréhension mutuelle et l'hospitalité entre citoyens européens.
Chaque maire possède ainsi les moyens d'encourager — ou au contraire de freiner — cette dynamique, malgré les contraintes budgétaires locales. Mettre une salle à disposition d'une association de jumelage, intégrer une dimension européenne dans un événement municipal, fixer des objectifs inspirés des meilleures pratiques européennes ou organiser des voyages d'étude sont autant d'initiatives concrètes. De même, soutenir financièrement les échanges scolaires, faciliter les déplacements vers une ville jumelée ou accompagner un projet de promotion de la démocratie contribue à renforcer l'engagement citoyen, à réduire les distances entre les peuples et à développer le respect des différences.
En second lieu, les régions disposent de moyens d'action plus importants que les villes, mais elles font également face à des défis spécifiques. Développement économique, production d'énergie, infrastructures de transport, mobilité transfrontalière des personnes et des marchandises : autant de domaines qui nécessitent leadership, innovation et persévérance afin de renforcer la compétitivité et la résilience européennes.
Les exemples sont nombreux : coopération hospitalière transfrontalière, soutien à l'internationalisation des PME, protection civile ou encore projets innovants de transition énergétique. À titre d'illustration, la chaleur résiduelle produite par les aciéries de Kehl, en Allemagne, pourrait être utilisée pour alimenter en chauffage des logements strasbourgeois.
Les régions jouent également un rôle essentiel en accompagnant les collectivités qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour mettre en œuvre seules ce type d'initiatives. L'initiative Europascheck du Land allemand de Rhénanie-du-Nord–Westphalie en constitue un bon exemple.
Enfin, si nombre de ces projets sont déjà bien engagés, beaucoup restent fragilisés par un contexte politique où les logiques nationales reprennent de l'importance.
Si l'Europe souhaite défendre un ordre international fondé sur des règles communes, elle ne pourra être forte que si l'ensemble des niveaux de gouvernance — local, régional, national et européen — poursuivent les mêmes objectifs.
Chaque maire, chaque élu régional peut ainsi contribuer concrètement à renforcer le projet européen, à condition d'adopter une démarche fondée sur l'exemplarité et le « montrer par l'exemple ».
Wolfgang Pinner
Co-fondateur de la Europa Power initiative
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