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Le regard d'EuropaNova - La sécurité de l’Europe exige une meilleure défense des intérêts européens

La sécurité de l’Europe exige une meilleure défense des intérêts européens

L’Europe est un continent remarquable, riche de plus de 740 millions d’habitants – dont 450 millions au sein de l’Union européenne et de ses 27 États membres – et surtout riche de ses citoyens. Le monde regarde vers l’Europe car, malgré les nombreuses améliorations qui restent à accomplir, nous demeurons parmi les peuples les plus libres de la planète selon de nombreux indicateurs, qu’il s’agisse du pluralisme politique, de la liberté d’expression et de la presse, ou encore des droits individuels et collectifs. Nous disposons d’un modèle unique de cosmopolitisme, de liberté, d’égalité, de prospérité, de puissance et de justice qu’il nous appartient de défendre et de renouveler. À défaut, nous risquons la vassalisation et le déclin.

L’Europe a ses faiblesses, dont plusieurs sont étroitement liées les unes aux autres. La capacité à créer, préserver et partager la valeur sur notre territoire constitue l’un des fondements essentiels de la puissance européenne au XXIe siècle.

Deux domaines apparaissent aujourd’hui comme des points de vulnérabilité majeurs, alors même que l’Europe dispose de tous les moyens nécessaires pour les surmonter, à condition d’entendre les signaux d’alerte qui résonnent partout sur le continent et de mobiliser ses atouts avec détermination. Le premier concerne les ressources naturelles ; le second, les capacités numériques.

Qu’on le déplore ou non, l’Europe est relativement peu dotée en ressources naturelles telles que le pétrole, le gaz ou certains minerais stratégiques. Cette situation engendre une dépendance structurelle vis-à-vis du reste du monde, tant pour notre consommation énergétique que pour une part croissante de notre création de richesse, à mesure que le contenu minéral des biens et des technologies augmente. Cette interdépendance n’est pas en soi problématique. Elle devient toutefois risquée dans un monde moins coopératif, où le coût du carbone est appelé à croître durablement.

L’Europe n’est pas restée inactive et a commencé à apporter des réponses. Elle a élaboré plusieurs stratégies, allant de la diversification des importations à travers le Critical Raw Materials Act au développement de capacités domestiques d’extraction, de transformation et de recyclage. Mais des efforts supplémentaires sont nécessaires, notamment pour renforcer la propriété européenne des entreprises minières opérant sur le territoire européen ou à l’étranger, ainsi que pour accroître les participations européennes dans des entreprises situées dans des pays partenaires, tels que le Canada, l’Australie, le Chili ou l’Indonésie.

L’Europe est également vulnérable sur le plan numérique, dans la mesure où elle ne maîtrise pas pleinement ses infrastructures digitales. Le matériel comme les logiciels utilisés au quotidien sont, pour l’essentiel, conçus ou détenus par des entreprises non européennes. Cette situation n’est pas irréversible. Bien que les investissements publics et privés en recherche demeurent inférieurs à ceux des États-Unis ou de la Chine, l’Europe figure parmi les leaders mondiaux dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, l’informatique quantique ou l’énergie nucléaire. Nos universités et nos centres de recherche rivalisent avec les meilleurs au monde. Nous devons néanmoins consacrer une part plus importante de notre richesse à la recherche et à l’innovation.

L’enjeu principal réside désormais dans notre capacité à transformer l’innovation en entreprises de taille mondiale. Une réduction de la fragmentation réglementaire et fiscale entre les États membres, ainsi qu’une plus grande mutualisation des marchés publics, faciliteraient ce changement d’échelle. La mise en place du « 28e régime » permettrait de libérer un potentiel considérable. Nous devons également faire preuve de davantage de lucidité et de fermeté pour protéger les entreprises européennes détenues par des capitaux européens. La préférence pour le « Made in Europe » constitue une première réponse encourageante, mais elle doit s’inscrire dans une politique de concurrence rénovée, plus attentive au pouvoir considérable acquis par les géants du numérique et de la technologie, dont l’influence dépasse largement la sphère économique et peut menacer le fonctionnement démocratique ainsi que les fondements de nos républiques. Le droit des fusions et acquisitions devrait lui aussi mieux prendre en compte les intérêts stratégiques européens.

Renforcer notre résilience face aux dépendances en ressources naturelles et accroître notre maîtrise des infrastructures numériques suppose d’être européens à chaque étape de la création de valeur : de la création de l’entreprise à son changement d’échelle, jusqu’au partage équitable des bénéfices de cette valeur entre les Européens. Cela implique une évolution de notre doctrine économique et l’affirmation d’une véritable préférence européenne.

L’enjeu est fondamental. Il concerne chacune et chacun d’entre nous dans toute notre diversité. Si nous voulons continuer à rire, lire, regarder, voyager, étudier et travailler librement, avec les mêmes opportunités pour tous ; si nous voulons rester maîtres de notre destin, alors nous devons agir.

C’est pourquoi nous appelons les citoyens européens, les associations, les acteurs de la société civile, les collectivités publiques à tous les niveaux ainsi que les entreprises, petites, moyennes ou grandes, à se réunir à Strasbourg le 21 octobre 2026 afin de faire entendre une voix commune pour l’avenir de l’Europe.

EuropaNova est ce réseau de citoyens engagés. L’Europa Power Initiative est ce lieu de rassemblement.

Nous avons nos faiblesses ; nos concurrents ont également les leurs. Mobilisons nos forces et construisons une troisième voie, capable de concilier puissance et justice.

Florian MANTE - Trésorier d'EuropaNova