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Le regard d'EuropaNova -​ ​​L'Union européenne et la Turquie : au-delà de la question de l'adhésion

​​​L'Union européenne et la Turquie : au-delà de la question de l'adhésion


La Turquie occupe une place singulière dans l’architecture européenne. Membre du Conseil de l’Europe depuis 1950, partie à la Convention européenne des droits de l’Homme depuis 1954, elle a déposé sa candidature officielle à l’Union européenne en 1987, obtenu le statut de pays candidat en 1999, avant l’ouverture officielle des négociations d’adhésion en 2005. Vingt ans plus tard, les négociations sont de facto à l’arrêt et leur reprise demeure conditionnée à des progrès substantiels en matière d’État de droit, de démocratie et de libertés fondamentales.

Pendant plus de trente-cinq années passées au Conseil de l'Europe, dont les dernières années comme Représentante spéciale pour les migrants et les réfugiés, j'ai observé cette évolution de près. J’ai vu les avancées démocratiques qui avaient permis à la Turquie de sortir, en 2004, de la procédure de suivi de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. J’ai vu également cette même procédure être réouverte en 2017, à la suite des évolutions intervenues au cours de la décennie précédente. Cette évolution traduit l’écart qui s’est progressivement creusé entre les engagements internationaux de la Turquie et leur mise en œuvre effective.

Or la Turquie est aujourd’hui un partenaire stratégique majeur de l’Europe. Membre de l'OTAN, acteur essentiel de la gestion des migrations, puissance régionale influente, elle demeure un interlocuteur incontournable sur plusieurs dossiers stratégiques. N’oublions pas non plus que l’Union européenne est le premier partenaire commercial de la Turquie. Les échanges récents entre Bruxelles et Ankara illustrent cette évolution : la relation est désormais guidée moins par la perspective d’une adhésion que par la recherche d’une coopération fondée sur des intérêts communs.

Cette réalité complexe dépasse le seul cas de la Turquie. Elle interroge la manière dont l’Union construit son influence, projette sa stabilité et organise son voisinage.

Une Europe puissante ne se définit pas seulement par son marché ou ses capacités de défense. Elle se mesure aussi à sa capacité à construire des relations crédibles, prévisibles et exigeantes avec ses partenaires. La cohérence entre les principes qu’elle affirme et les politiques qu’elle conduit constitue l’une des conditions essentielles de sa crédibilité.

La question n’est donc peut-être plus de savoir quand et comment la Turquie pourrait rejoindre l’Union européenne. La véritable question est de savoir si l’Europe est prête à inventer un nouveau cadre de relations avec ses voisins stratégiques, conciliant exigence démocratique, réalisme géopolitique et intérêts communs. C’est à cette condition qu’elle pourra pleinement affirmer son ambition de puissance.


Leyla KAYACIK - Secrétaire Générale Europa Power Initiative