Conclave 2026 Europanova

Conclave

Conclave 2026

15, 16 & 17 janv. 2026 - Bruxelles

Conclave 2026 Europanova

From European Strengths to EU Power – Trois jours pour penser la capacité d’action de l’Europe


Organisée à Bruxelles du 15 au 17 janvier 2026, au Palais des Académies et au siège du think tank Bruegel, cette troisième édition du Conclave s’est tenue sous le titre « From European Strengths to EU Power ». Plus qu’une conférence thématique, le Conclave 2026 s’est voulu un espace de réflexion stratégique autour d’une question devenue centrale dans le débat européen : comment l’Union européenne peut-elle transformer ses forces économiques, technologiques, démocratiques et scientifiques en véritable capacité politique et stratégique d’action ?

Les discussions se sont inscrites dans un constat partagé, progressivement formulé au fil des précédentes éditions du Conclave : l’Europe entre dans une nouvelle phase historique marquée par le retour de la compétition de puissance, la fragmentation du système international, l’accélération des rivalités technologiques et l’affaiblissement des cadres multilatéraux traditionnels. Dans ce contexte, les Européens ne peuvent plus demeurer spectateurs des dynamiques mondiales sans risquer la marginalisation stratégique. La question n’est donc plus seulement celle de la compétitivité ou de la gestion des crises, mais bien celle de la souveraineté, de la résilience et de la capacité collective à agir.

Réunissant de nombreuses personnalités européennes — parmi lesquelles Nadia Calviño, Présidente de la Banque européenne d’investissement, et Andrius Kubilius, Commissaire européen à la Défense et à l’Espace — aux côtés de responsables politiques, dirigeants industriels, universitaires et représentants de la société civile, le Conclave 2026 s’est articulé autour de trois grands piliers : la croissance, la démocratie, et la géopolitique, la défense et la sécurité, avec la résilience numérique et l’intelligence artificielle comme dimension transversale de l’ensemble des travaux.

Pendant trois jours d’échanges, les participants ont exploré les conditions nécessaires à l’émergence d’une Europe capable d’exercer une puissance durable, responsable et démocratique, à même de défendre ses intérêts, préserver son modèle politique et contribuer à façonner l’ordre international plutôt que de le subir.


Jeudi 15 janvier – Ouvrir la réflexion stratégique européenne
Palais des Académies

La première journée du Conclave fut consacrée à l’ouverture intellectuelle et politique des travaux. Elle débuta par un atelier organisé avec ASML consacré à la résilience technologique européenne, mettant en lumière les enjeux liés aux semi-conducteurs, aux infrastructures numériques et à la souveraineté industrielle dans un contexte de compétition technologique croissante.

La conférence publique d’ouverture permit ensuite de poser le cadre stratégique général des discussions. Guillaume Klossa et la Professeure Godelieve Laureys soulignèrent que l’Europe devait désormais dépasser une posture de dépendance héritée des décennies précédentes et développer la volonté politique ainsi que la cohérence stratégique nécessaires pour transformer ses atouts en puissance réelle. Les échanges insistèrent également sur le caractère historiquement singulier du projet européen, fondé sur la démocratie, l’État de droit et la coopération, mais qui nécessite désormais des instruments stratégiques plus affirmés pour survivre dans un monde de plus en plus marqué par les rapports de force.

Une intervention de Nicolas Becuwe (Verian) consacrée à la perception des citoyens européens mit en évidence des attentes croissantes en matière de protection, de stabilité et de leadership européen. Bahadır Kaleağası adressa ensuite un véritable « wake-up call » au nom du monde économique, soulignant l’urgence de transformer les capacités économiques européennes en véritable levier stratégique dans un environnement international dominé par la compétition de puissance.

Les panels de la soirée abordèrent enfin les enjeux liés à la résilience démocratique, au rôle de la société civile et à la participation citoyenne dans un contexte de fragmentation politique et de bouleversements technologiques accélérés.


Vendredi 16 janvier – Au cœur stratégique du Conclave
Siège de Bruegel

La deuxième journée fut consacrée aux sessions de travail à huis clos organisées autour des trois grands piliers du Conclave.

Croissance – Reconstruire la puissance économique européenne

Ouverte par Nadia Calviño, la session consacrée à la croissance rappela que la croissance économique ne pouvait plus être pensée comme un simple objectif économique, mais comme une condition essentielle de la souveraineté européenne et de sa crédibilité géopolitique. Les participants identifièrent plusieurs fragilités structurelles : fragmentation des marchés de capitaux, difficultés de passage à l’échelle pour les entreprises innovantes, vieillissement démographique, insuffisance des investissements stratégiques et dépendances technologiques persistantes.

Les échanges mirent notamment l’accent sur la nécessité de construire une véritable Union des marchés de capitaux, de renforcer les investissements publics européens, d’approfondir le marché unique — notamment dans les services et le numérique — et de développer une politique industrielle européenne capable de soutenir l’innovation, les scale-ups et la souveraineté technologique. Les dépenses de défense furent également envisagées comme un levier potentiel de renouvellement industriel, de productivité et d’autonomie stratégique.

Démocratie – Restaurer la confiance et la capacité démocratique

La session consacrée à la démocratie aboutit à un constat central : la crise démocratique européenne est moins une crise de communication qu’une crise de résultats et d’efficacité politique. Les citoyens évaluent désormais les systèmes démocratiques selon leur capacité à assurer protection, prospérité, équité et sécurité dans un environnement international instable.

Les discussions portèrent sur l’érosion de la confiance, les effets de polarisation des plateformes numériques, l’impact de l’intelligence artificielle sur l’espace public ainsi que les vulnérabilités informationnelles croissantes des démocraties européennes. Parmi les propositions structurantes figura notamment la création d’une infrastructure européenne souveraine de l’information et des médias, destinée à soutenir un espace public européen pluraliste et multilingue tout en réduisant les dépendances vis-à-vis des plateformes extra-européennes. Les échanges abordèrent également la participation citoyenne, les assemblées citoyennes, la transparence institutionnelle et la nécessité de construire une véritable souveraineté démocratique européenne face aux ingérences extérieures et aux dynamiques de fragmentation.

Géopolitique, défense et sécurité – Entrer dans l’âge des rapports de puissance

Les discussions géopolitiques partirent d’un diagnostic clair : l’Europe entre dans une période de rivalité structurelle où les dépendances deviennent des vulnérabilités stratégiques. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, les incertitudes transatlantiques, les tensions commerciales et technologiques ainsi que l’affaiblissement du multilatéralisme furent identifiés comme les manifestations d’une profonde transformation du système international.

Les participants débattirent du futur des relations transatlantiques, de la fragmentation persistante des politiques de défense européennes, de la souveraineté technologique et de la nécessité pour l’Europe de devenir un acteur géopolitique capable de défendre ses intérêts dans un environnement plus conflictuel. Plusieurs interventions insistèrent sur la nécessité de renforcer le pilier européen de défense, d’opérationnaliser l’article 42.7 du Traité sur l’Union européenne et de développer de nouveaux partenariats stratégiques avec les pays du Sud global. Les échanges soulignèrent également que l’avenir stratégique de l’Europe ne pouvait durablement dépendre des incertitudes de la politique intérieure américaine et qu’une Europe souveraine nécessitait à la fois volonté politique, investissements massifs et adaptation institutionnelle.


Samedi 17 janvier – Conclusions et perspectives
Siège de Bruegel

La matinée finale approfondit les discussions consacrées à la souveraineté européenne et à la défense avec une intervention du Commissaire européen Andrius Kubilius, introduite par António Vitorino. Les échanges portèrent sur les dimensions opérationnelles de la transformation stratégique européenne : préparation de défense, résilience technologique, gouvernance européenne et coordination politique.

La session de clôture permit de synthétiser les principaux « game changers » identifiés durant le Conclave : renforcement des capacités numériques et technologiques européennes, intégration des marchés de capitaux, innovation démocratique, gouvernance stratégique et capacité institutionnelle à transformer les ambitions européennes en politiques concrètes.

Dans leurs conclusions, Guillaume Klossa et António Vitorino réaffirmèrent l’ambition fondamentale du Conclave : contribuer au passage du diagnostic stratégique à la construction politique, et accompagner l’émergence d’une Europe capable non seulement de défendre ses valeurs, mais également d’exercer une puissance dans un monde marqué par la compétition, la coercition et l’instabilité.



Pendant trois jours, le Conclave 2026 a ainsi réaffirmé la mission d’EuropaNova : créer un espace unique de réflexion stratégique réunissant responsables politiques, entreprises, experts et citoyens autour d’un objectif commun — contribuer à faire émerger une Europe plus souveraine, plus démocratique et capable d’agir dans le monde du XXIe siècle.