{"id":688,"date":"2023-05-11T09:32:38","date_gmt":"2023-05-11T07:32:38","guid":{"rendered":"https:\/\/europanova.eu\/?p=688"},"modified":"2024-01-24T13:33:35","modified_gmt":"2024-01-24T12:33:35","slug":"les-lumieres-de-jacques-rupnik-integration-et-elargissement-de-lunion-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/europanova.eu\/en\/2023\/05\/11\/les-lumieres-de-jacques-rupnik-integration-et-elargissement-de-lunion-europeenne\/","title":{"rendered":"The Enlightenment of Jacques Rupnik: Integration and enlargement of the European Union"},"content":{"rendered":"<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous \u00eates l\u2019auteur de nombreux ouvrages sur les Balkans et sur l\u2019\u00e9largissement de l\u2019UE. En quoi la question de l\u2019int\u00e9gration de ces pays est-elle diff\u00e9rente des \u00e9largissements pr\u00e9c\u00e9dents ?<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a plusieurs diff\u00e9rences qui sont importantes pour comprendre la sp\u00e9cificit\u00e9 de chacune des situations. La premi\u00e8re grande diff\u00e9rence est que le premier \u00e9largissement vers les pays d\u2019Europe Centrale \u00e9tait con\u00e7u et per\u00e7u par les opinions comme une r\u00e9ponse \u00e0 1989. C\u2019est une r\u00e9ponse au grand bouleversement, \u00e0 la fin de la Guerre froide, \u00e0 la chute du Mur, \u00e0 l\u2019ouverture de l\u2019Europe de l\u2019Est des transitions d\u00e9mocratiques d\u2019apr\u00e8s 1989. Quand certains se posent des questions : \u00ab fallait-il le faire ou pas \u00e9largir l\u2019UE \u00bb, cela rel\u00e8ve peut-\u00eatre d\u2019une nostalgie de la petite Europe \u00ab carolignienne \u00bb, mais qui n\u2019avait de sens que dans une Europe divis\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Cela-dit, au lendemain de 1989 c\u2019\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 politique et aussi comme un devoir moral.&nbsp;<\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une n\u00e9cessit\u00e9 politique car il fallait r\u00e9pondre au vide g\u00e9opolitique qui s\u2019\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 en Europe centrale \u00e0 la fin de l\u2019empire sovi\u00e9tique et apr\u00e8s le retrait des troupes sovi\u00e9tiques \u2013 il y avait plus d\u2019un million de troupes sovi\u00e9tiques stationn\u00e9es en Europe centrale. Mais c\u2019\u00e9tait \u00e9galement un devoir moral envers les peuples qui sortaient de plus de 40 ans de dictature dans l\u2019empire sovi\u00e9tique. Le premier \u00e9largissement a mis quinze ans, on ne peut pas parler de pr\u00e9cipitation. On peut prolonger l\u2019argument en montrant la fa\u00e7on dont la perspective de l\u2019\u00e9largissement a \u00e9t\u00e9 affich\u00e9e \u00e0 partir de 91 mais surtout \u00e0 partir des crit\u00e8res d\u2019adh\u00e9sion de Copenhague en juin 93. A partir de ce moment-l\u00e0, toute la transformation de l\u2019Europe centrale \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 ce projet d\u2019int\u00e9gration. Toutes les r\u00e9formes \u00e9conomiques, les nouvelles institutions politiques, le consensus politique dans ces pays se construisent autour de cette perspective : l\u2019arrimage \u00e0 l\u2019Europe et l\u2019int\u00e9gration \u00e0 l\u2019UE. Ils \u00e9taient l\u2019Ouest de l\u2019Est et ils deviennent alors l\u2019Est de l\u2019Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La situation \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle des Balkans parce que, dans les Balkans, nous sommes 30 ans apr\u00e8s. Le lien avec 89 parait \u00eatre de l\u2019histoire ancienne, ou en tout cas n\u2019est plus \u00e9vident ni invoqu\u00e9. D\u2019abord parce que certains pays des Balkans, comme la Roumanie ou la Bulgarie ont pu rejoindre l\u2019UE avec un d\u00e9lai par rapport \u00e0 l\u2019Europe Centrale, et surtout parce que le pivot, c\u2019est-\u00e0-dire le principal pays de la r\u00e9gion qui avait les meilleures chances d\u2019adh\u00e9sion, \u00e0 savoir la Yougoslavie, a \u00e9clat\u00e9. Au lieu de parler d\u2019int\u00e9gration de l\u2019UE, on \u00e9tait dans la d\u00e9sint\u00e9gration. Le terme \u00ab Balkanisation \u00bb signifie fragmentation. C\u2019est \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000 que l\u2019UE formule une perspective d\u2019\u00e9largissement. Elle est mat\u00e9rialis\u00e9e et clairement affich\u00e9e lors du Sommet de Thessalonique en 2003. C\u2019est une r\u00e9ponse \u00e0 la trag\u00e9die Yougoslave, \u00e0 l\u2019\u00e9clatement violent par la guerre d\u2019un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral. L\u2019Europe offre alors une perspective de recomposition apr\u00e8s une guerre intra-yougoslave.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont des perspectives tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Dans le premier cas, c\u2019est une r\u00e9ponse \u00e0 une sortie pacifique et d\u00e9mocratique de la Guerre froide en Europe centrale. Dans les Balkans c\u2019est une r\u00e9ponse \u00e0 une sortie violente du communisme et \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la Yougoslavie avec la guerre en Croatie, en Bosnie, puis au Kosovo. Vous avez une d\u00e9cennie guerri\u00e8re, qui bien entendu ne favorise ni une perspective de transition d\u00e9mocratique ni celle de d\u2019\u00e9conomie et encore moins l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne. Ce sont les deux grandes diff\u00e9rences dans la perspective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette histoire r\u00e9cente de la guerre de dissolution de la Yougoslavie, sans parler de celle plus ancienne qui remonte l\u2019empire ottoman, a laiss\u00e9 des s\u00e9quelles dans les Balkans qui ont des implications pour l\u2019\u00e9largissement de l\u2019UE. En Europe centrale, vous aviez la fin du communisme, des \u00c9tats constitu\u00e9s qui fonctionnaient et dont l\u2019existence n\u2019\u00e9tait pas contest\u00e9e. Chacun avait des fronti\u00e8res d\u00e9finies, mais aussi un appareil d\u2019\u00c9tat, une administration : la Pologne, la Hongrie, le divorce tch\u00e9co-slovaque \u00e9tait une s\u00e9paration \u00e0 l\u2019amiable. Il y avait beaucoup \u00e0 redire sur la mani\u00e8re dont ces \u00c9tats fonctionnaient mais ils avaient ce que les anglais appellent \u00ab state capacity \u00bb. Il fallait le r\u00e9former et le rendre compatible avec la perspective europ\u00e9enne et implique la construction d\u2019institutions de l\u2019\u00c9tat de droit. Ces \u00c9tats existaient et leurs fronti\u00e8res n\u2019\u00e9taient pas contest\u00e9es. Dans les Balkans, en l\u2019ex-Yougoslavie, il y avait ce processus de red\u00e9finition des fronti\u00e8res, de nouveaux \u00c9tats en gestation et c\u2019est un processus qui ne se fait pas par d\u00e9cret. \u00c9videmment que la r\u00e9ponse logique \u00e9tait de dire que les anciennes R\u00e9publiques deviennent de nouveaux \u00c9tats, mais la non-correspondance des fronti\u00e8res politique et des fronti\u00e8res ethniques fut exploit\u00e9e par d\u2019anciens communistes reconvertis dans le nationalisme. Apr\u00e8s une d\u00e9cennie guerri\u00e8re, il y a toute une s\u00e9rie de contentieux entre les \u00c9tats successeurs : les questions sur la viabilit\u00e9 de l\u2019existence de la Bosnie, la Serbie et son contentieux avec le Kosovo ou celui de la Mac\u00e9doine avec la Bulgarie. Dans chacun des cas on avait des \u00c9tats inachev\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00c9tats qui n\u2019avaient pas r\u00e9solu la premi\u00e8re des questions, \u00e0 savoir celle des fronti\u00e8res c\u2019est-\u00e0-dire du cadre territorial dans lequel s\u2019inscrit la d\u00e9mocratie. La Serbie ne reconnait pas son ind\u00e9pendance du Kosovo et donc sa fronti\u00e8re. La question serbe et donc kosovare reste ouverte. Pour la Mac\u00e9doine, seul pays \u00e0 avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la guerre et qui sur le papier aurait pu se lancer dans un processus d\u2019int\u00e9gration, c\u2019est le long contentieux avec la Gr\u00e8ce autour du nom m\u00eame du pays bloquait. \u00c0 peine cet obstacle fut-il r\u00e9cemment lev\u00e9 qu\u2019un autre \u00c9tat membre du l\u2019UE \u2013 la Bulgarie \u2013 menace de son veto l\u2019engagement d\u2019un processus de n\u00e9gociation d\u2019adh\u00e9sion de la Mac\u00e9doine \u00e0 l\u2019UE.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La grande diff\u00e9rence avec l\u2019Europe centrale, c\u2019est que la question de l\u2019\u00e9largissement se pose dans un contexte marqu\u00e9 par la construction de nouveaux \u00c9tats-nations sur les d\u00e9bris de l\u2019ancienne Yougoslavie. Une construction dans le double sens, \u00e0 la fois autour de la d\u00e9finition du cadre territorial de l\u2019\u00c9tat, mais aussi que ce soit un \u00c9tat de droit avec des institutions et une administration capable de l\u2019appliquer. Aucune transition de la d\u00e9mocratie ne peut r\u00e9ussir sans un cadre territorial d\u00e9fini sur lequel il y a un consensus, mais aucune adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE n\u2019est envisageable sans un \u00c9tat de droit capable d\u2019assurer la s\u00e9paration des pouvoirs et d\u2019affronter le probl\u00e8me \u00e9norme de la corruption.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question de l\u2019\u00e9largissement dans cette r\u00e9gion se pose dans des termes diff\u00e9rents par rapport \u00e0 l\u2019Europe Centrale. Dans les opinions occidentales au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, il y avait encore un \u00e9lan de sympathie et d\u2019int\u00e9r\u00eat pour ces pays que beaucoup de gens ont tout simplement d\u00e9couvert apr\u00e8s 1989. L\u2019Europe s\u2019\u00e9tait ouverte et le voyage \u00e0 Prague faisait partie du parcours oblig\u00e9 pour tout Europ\u00e9en qui se respectait et qui voulait d\u00e9couvrir \u00ab l\u2019autre \u00bb Europe. Mais ce sentiment de dette morale et politique dans les Balkans jouait diff\u00e9remment au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Il se jouait par rapport \u00e0 la guerre o\u00f9 il fallait r\u00e9pondre aux d\u00e9fis de la face sombre de l\u2019apr\u00e8s-89. L\u2019Europe centrale \u00e9tait la phase lumineuse, l\u2019irruption ou plut\u00f4t \u00ab l\u2019invention d\u00e9mocratique \u00bb pour parler comme Claude Lefort. C\u2019\u00e9tait la fin de la Guerre froide et l\u2019invention d\u00e9mocratique alors que dans les Balkans, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t l\u2019apr\u00e8s 89 avec le retour des nationalismes et de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Europe, dans ce contexte, a non seulement d\u00e9couvert ses limites, mais aussi son \u00e9chec, son incapacit\u00e9 \u00e0 emp\u00eacher la guerre ou \u00e0 y mettre un terme. Ce sont finalement deux interventions de l\u2019OTAN, en Bosnie et au Kosovo, qui mettent un terme \u00e0 la guerre. Mais le sentiment d\u2019une dette ou d\u2019un devoir persistait. Il y avait d\u2019abord un \u00e9lan humanitaire, puis la volont\u00e9 d\u2019aider \u00e0 la reconstruction et enfin l\u2019id\u00e9e que l\u2019Europe en tant que projet de pax Europeana avait quelque chose \u00e0 offrir aux Balkans : un nouveau toit commun. Ce n\u2019\u00e9tait pas simplement un acte altruiste parce qu\u2019on avait de la sympathie pour les Balkans, mais aussi parce que c\u2019\u00e9tait l\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris de l\u2019Europe. Il \u00e9tait important pour l\u2019Europe de stabiliser une r\u00e9gion g\u00e9ographiquement proche. Apr\u00e8s l\u2019engagement humanitaire celui, politique avec une perspective d\u2019int\u00e9gration pour des pays qui sortaient de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200d<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment les citoyens europ\u00e9ens per\u00e7oivent-ils l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union europ\u00e9enne vers l\u2019Est : est-il souhait\u00e9, craint, ou suscite-t-il du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat ? Le \u00abgrand \u00e9largissement\u00bb et les vagues d\u2019int\u00e9gration des ann\u00e9es 2000 ont-elles jou\u00e9 sur cette perception ?<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors il y a eu plusieurs moments. Le premier dans les ann\u00e9es 90. Il y avait un \u00e9lan fort, un v\u00e9ritable soutien avec un enthousiasme au d\u00e9but qui finit par s\u2019att\u00e9nuer au fil des ann\u00e9es entre autres parce que l\u2019Europe avait d\u2019autres priorit\u00e9s et d\u2019autres urgences : la crise dans les Balkans o\u00f9 elle s\u2019\u00e9tait impliqu\u00e9e et o\u00f9 elle a \u00e9chou\u00e9, la Russie et le paysage post-sovi\u00e9tique \u00e9clat\u00e9 o\u00f9 seuls les Baltes trouv\u00e8rent le chemin de l\u2019UE dans le sillage de l\u2019Europe centrale. Bien s\u00fbr d\u2019autre pr\u00e9occupations sont apparues \u00e0 l\u2019agenda politique, mais personne ne remettait (ouvertement) en cause les perspectives d\u2019\u00e9largissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9bats de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient entre approfondissement ou \u00e9largissement. G\u00e9n\u00e9ralement ceux qui disaient qu\u2019il fallait d\u2019abord faire de l\u2019approfondissement, et c\u2019\u00e9tait la position fran\u00e7aise, \u00e9taient souvent r\u00e9ticents \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9largissement. Et inversement, ceux qui \u00e9taient les plus allants sur la question de l\u2019\u00e9largissement \u00e0 l\u2019image de Madame Thatcher \u2013 \u00e9taient favorables \u00e0 l\u2019\u00e9largissement pour ne pas faire l\u2019approfondissement. Et finalement ce sont les Allemands qui, comme souvent, apport\u00e8rent la synth\u00e8se en disant qu\u2019il fallait faire les deux : on a approfondi avec l\u2019euro, Maastricht et les trait\u00e9s des ann\u00e9es 90. Je rappelle pour ceux qu\u2019ils l\u2019ont oubli\u00e9 que l\u2019euro est n\u00e9 avec la chute du Mur. C\u2019est en novembre 89, avec la perspective de la r\u00e9unification de l\u2019Allemagne que le chancelier Kohl accepte sous la forte pression de F. Mitterrand, la perspective de la monnaie europ\u00e9enne, sacrifiant alors le Deutschemark sur l\u2019autel de la monnaie europ\u00e9enne. Les gens l\u2019oublient car on ensuite a beaucoup critiqu\u00e9 la conditionnalit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019euro, mais ils oublient que c\u2019\u00e9tait une invention fran\u00e7aise. Il y a eu ce compromis entre approfondissement et \u00e9largissement. A ceux qui disent qu\u2019on aurait d\u00fb faire l\u2019approfondissement avant l\u2019\u00e9largissement, on pourrait leur r\u00e9pondre que \u00e7a ne s\u2019est pas fait du jour au lendemain. C\u2019\u00e9tait en 2004, 15 ans apr\u00e8s la chute du Mur. Alors oui c\u2019\u00e9tait la r\u00e9ponse \u00e0 la fin de la Guerre froide, mais on ne peut pas dire que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 la va-vite. Churchill disait qu\u2019une semaine c\u2019\u00e9tait long en politique, alors quinze ans&#8230;Plus on reportait la chose, plus il y avait un risque que les opinions publiques, non seulement Ouest europ\u00e9ennes mais Est europ\u00e9ennes, d\u00e9crochent, qu\u2019il y ait un d\u00e9couplage entre la R\u00e9volution d\u00e9mocratique de 89 et l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Europe. Dans un premier temps les deux \u00e9taient li\u00e9s : R\u00e9volution d\u00e9mocratique plus le \u00ab retour \u00e0 l\u2019Europe \u00bb, c\u2019\u00e9tait le slogan de 1989. Et reporter au-del\u00e0 aurait pu casser ce lien essentiel. D\u2019ailleurs le d\u00e9couplage a eu lieu en partie pour les opinions d\u2019Europe centrale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deuxi\u00e8me r\u00e9ponse \u00e0 ceux qui disaient qu\u2019on aurait pu faire plus d\u2019approfondissement avant l\u2019\u00e9largissement. Qu\u2019a-t-on fait durant les ann\u00e9es 90 ? C\u2019\u00e9tait trait\u00e9 apr\u00e8s trait\u00e9. Il y a eu 89, tout de suite apr\u00e8s il y a eu le trait\u00e9 de Maastricht qui a \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9 pendant l\u2019ann\u00e9e 91 et adopt\u00e9 en 92. Puis, \u00e0 peine avait-on fini de ratifier Maastricht, c\u2019\u00e9tait le trait\u00e9 d\u2019Amsterdam. A peine avait-on fini de ratifier Amsterdam, c\u2019\u00e9tait le trait\u00e9 de Nice en 2000, et a peine avait-on fini de ratifier Nice que l\u2019on se lance dans la Convention europ\u00e9enne qui devait d\u00e9boucher sur une Constitution europ\u00e9enne. Et je rappelle \u00e0 ceux qui l\u2019auraient oubli\u00e9 que ce qui l\u2019a fait \u00e9chouer n\u2019est pas l\u2019\u00e9largissement, puisque les pays d\u2019Europe centrale venaient tout juste d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019UE et ne votaient pas, mais c\u2019\u00e9tait la France et les Pays-Bas qui, par r\u00e9f\u00e9rendum et pour des raisons diverses et vari\u00e9es, ont torpill\u00e9 la Constitution europ\u00e9enne. Alors quand on dit \u00ab \u00e9largissement \u00bb et\/ou \u00ab approfondissement \u00bb, alors non : on a fait l\u2019approfondissement, Maastricht c\u2019est la perspective de la monnaie commune, et Amsterdam, Nice et la Convention., \u00e0 chaque fois ce sont des \u00e9tapes dans des r\u00e9formes institutionnelles europ\u00e9ennes qui vont vers plus d\u2019int\u00e9gration, qui donnent plus de pouvoir au Parlement europ\u00e9en, et ce sont des r\u00e9formes \u00e9dulcor\u00e9es par les pays d\u2019Europe centrale qui n\u2019avaient pas voix au chapitre et se devaient d\u2019accepter l\u2019UE en l\u2019\u00e9tat. Rien ne nous emp\u00eachait pendant 15 ans de faire tous les approfondissements voulus et ce sont les \u00c9tats membres et la France en particulier \u2013 mais pas seulement \u2013 qui n\u2019ont pas souhait\u00e9, voulu, ou \u00e9t\u00e9 capables de faire cet approfondissement. Pour l\u2019approfondissement, il y avait en 1995 l\u2019initiative allemande de Scha\u00fcble et Lamers, deux dirigeants de la CDU qui avaient propos\u00e9 \u00e0 la France de cr\u00e9er un \u00ab noyau dur \u00bb europ\u00e9en, \u00ab Kern Europa \u00bb autour d\u2019un couple franco-allemand fort. Le gouvernement Balladur n\u2019a pas donn\u00e9 suite et proposa d\u2019ailleurs un plan pour d\u00e9samorcer de potentiels probl\u00e8mes de minorit\u00e9s nationales en Europe du Centre-Est. Il faut mettre un terme je crois \u00e0 cette id\u00e9e qu\u2019on a fait l\u2019\u00e9largissement sans faire l\u2019approfondissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les pays d\u2019Europe centrale entrent dans l\u2019UE, ils ne choisissent pas son modus operandi. On leur a dit voil\u00e0 ce qu\u2019est l\u2019UE, voil\u00e0 ce que sont les crit\u00e8res d\u2019adh\u00e9sion et voil\u00e0 ce que sont les institutions. Ce n\u2019\u00e9tait pas une n\u00e9gociation, c\u2019\u00e9tait \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. Quand on dit les \u00ab n\u00e9gociations d\u2019adh\u00e9sion \u00bb, il n\u2019y a pas eu de \u00ab n\u00e9gociation \u00bb, c\u2019est un terme inappropri\u00e9. On discute des modalit\u00e9s par lesquelles ces pays vont adopter l\u2019acquis communautaire, c\u2019est-\u00e0- dire 100 000 pages de \u00ab l\u2019acquis communautaire \u00bb, l\u00e9gislation europ\u00e9enne qu\u2019ils devaient incorporer dans la l\u00e9gislation de leur pays respectif. La conditionnalit\u00e9 europ\u00e9enne \u00e9tait alors : \u00eatre une d\u00e9mocratie, respecter l\u2019\u00e9tat de droit, poss\u00e9der une administration publique capable de mettre en \u0153uvre l\u2019acquis communautaire europ\u00e9en, avoir une \u00e9conomie qui sera compatible avec les march\u00e9s europ\u00e9ens, etc. Le terme \u00ab n\u00e9gociation \u00bb est plut\u00f4t un habillage \u00e9l\u00e9gant pour un processus d\u2019int\u00e9gration asym\u00e9trique : il y a ceux qui veulent renter et ceux qui fixent les conditions pour l\u2019adh\u00e9sion. Je rappelle tout cela \u00e0 ceux qui disent aujourd\u2019hui que tous les probl\u00e8mes nous viennent de l\u2019\u00e9largissement. Je ne dis pas qu\u2019il n\u2019y a pas de probl\u00e8mes avec les nouveaux pays qui ont adh\u00e9r\u00e9, mais il ne faut pas tout m\u00e9langer. Il y a eu 15 ann\u00e9es (1989-2004) o\u00f9 l\u2019Europe avait le champ libre pour s\u2019approfondir sans ing\u00e9rence ou interf\u00e9rence et donc les \u00e9ventuelles limites ou \u00e9checs de l\u2019approfondissement, on peut les chercher au sein de l\u2019UE et parfois en France. Pour ce qui est des opinions, j\u2019avais fait un grand colloque \u00e0 Science Po sur l\u2019\u00e9largissement dont j\u2019ai publi\u00e9 les contributions dans un livre Les Europ\u00e9ens face \u00e0 l\u2019\u00e9largissement qui reprend les sondages et les donn\u00e9es, dont ceux des pays d\u2019Europe centrale qui rentraient dans l\u2019UE et l\u2019attitude des pays d\u2019Europe Occidentale. L\u2019une des observations de G\u00e9rard Grunberg \u00e9voquait l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il y avait dans l\u2019opinion fran\u00e7aise une r\u00e9ticence \u00e0 l\u2019\u00e9largissement, mais pas de la part de ceux qui voulaient \u00ab plus d\u2019Europe \u00bb, mais le plus souvent chez ceux qui avaient d\u00e9j\u00e0 des r\u00e9ticences dans le projet europ\u00e9en, chez des \u00e9lecteurs eurosceptiques \u00e0 la fois \u00e0 gauche et \u00e0 droite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec le r\u00e9f\u00e9rendum sur la Constitution, cette tendance s\u2019est amplifi\u00e9e. La r\u00e9ticence \u00e0 l\u2019\u00e9largissement n\u2019a fait que progresser de fa\u00e7on in\u00e9gale selon les pays. L\u2019\u00e9largissement a \u00e9t\u00e9 beaucoup mieux accept\u00e9 en Allemagne, dans les pays Scandinaves, en Grande-Bretagne, en Espagne, au Portugal, en Italie et moins bien dans des pays comme la France, les Pays-Bas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est important de rappeler cela car dans les questions d\u2019aujourd\u2019hui on se focalise sur la crise bien r\u00e9elle de la d\u00e9mocratie et la mont\u00e9e d\u2019un discours eurosceptique dur dans certains pays d\u2019Europe Centrale. Cela justifie de poser la question de leur r\u00f4le au sein de l\u2019UE, mais c\u2019est plus de 30 ans apr\u00e8s la chute du Mur \u2013 donc ce n\u2019est pas forc\u00e9ment li\u00e9 ni \u00e0 l\u2019\u00e9largissement. Cependant cela a peut-\u00eatre eu un lien avec la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9largissement a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 parce que le retour du souverainisme aujourd\u2019hui est en partie accompagn\u00e9 d\u2019un discours de lassitude des injonctions, des conditions et des doutes de la part des dirigeants qui avaient accompagn\u00e9 le processus d\u2019\u00e9largissement. Ces r\u00e9ticences sont aujourd\u2019hui reprises, d\u00e9voy\u00e9es, amplifi\u00e9es par de nouvelles \u00e9lites au pouvoir. Certes, ils s\u2019interrogeaient autrefois du c\u00f4t\u00e9 d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 de l\u2019int\u00e9gration qu\u2019ils ont ressenti cela comme un vrai probl\u00e8me de souverainet\u00e9 et comme un vrai probl\u00e8me d\u00e9mocratique. Ce ressentiment a ressurgi plus r\u00e9cemment en Pologne et en Hongrie dans la posture souverainiste et ouvertement hostile \u00e0 l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne, aux \u00ab ing\u00e9rences de Bruxelles \u00bb qui sert d\u2019alibi ou de justification \u00e0 la r\u00e9gression d\u00e9mocratique en cours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200d<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>En quoi la pand\u00e9mie de coronavirus a-t-elle \u00e9t\u00e9 un facteur de d\u00e9faillance d\u00e9mocratique dans les pays d\u2019Europe de l\u2019Est ? Sera-t-elle aussi un frein \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de l\u2019UE, notamment du fait de ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques ?<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a plusieurs choses. D\u2019une part la question d\u00e9mocratique. Quel impact de la pand\u00e9mie sur la situation politique et les institutions ? Il y a un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral comme dans tous les pays de l\u2019Union et quelques sp\u00e9cificit\u00e9s centre-europ\u00e9ennes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Bien entendu, la question d\u00e9mocratique \u00e9tait pos\u00e9e avant la pand\u00e9mie.&nbsp;<\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9rives illib\u00e9rales de la Hongrie ou de la Pologne, la mont\u00e9e du populisme dans certains pays, \u00e0 l\u2019\u00e9poque la Slovaquie ou sous une autre forme m\u00eame en Tch\u00e9quie avec Babi\u0161. La question d\u00e9mocratique \u00e9tait donc pos\u00e9e. Le Covid a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 ou renforc\u00e9 certains traits. G\u00e9n\u00e9ralement les pouvoirs ex\u00e9cutifs ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9s et l\u2019\u00e9tat de pand\u00e9mie est devenu l\u2019an dernier un \u00e9tat d\u2019exception. En France on disait \u00ab On est en guerre \u00bb, ce type de discours \u00ab on suspend tout \u00bb, m\u00eame la vie d\u00e9mocratique et on s\u2019en remet \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif. Orb\u00e1n a fait voter sa Loi d\u2019exception avec une loi d\u2019urgence sanitaire qui renfor\u00e7ait et lui permettait en quelque sorte de l\u00e9gif\u00e9rer sans contre-pouvoir durant la pand\u00e9mie sans date limite. On a vu en Pologne comment cela a affect\u00e9 la campagne \u00e9lectorale. Le PiS au pouvoir voulait au printemps 2020 que les \u00e9lections pr\u00e9vues en juin se d\u00e9roulent uniquement par voie postale pour cause sanitaire. L\u2019opposition et une partie de la soci\u00e9t\u00e9 se sont rebell\u00e9es, les juristes ont cri\u00e9 au scandale et finalement l\u2019\u00e9lection a eu lieu mais avec un r\u00e9sultat int\u00e9ressant : on sortait du confinement et l\u2019opposition polonaise trouvait un nouveau candidat unique et le r\u00e9sultat s\u2019est jou\u00e9 \u00e0 1 point pr\u00e8s. Le candidat de l\u2019opposition, le maire de Varsovie, Rafa\u0142 Trzaskowski a failli cr\u00e9er une surprise. Cela aurait \u00e9t\u00e9 un choc formidable, mettant alors un terme \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du PiS \u2013 install\u00e9 au pouvoir depuis 2015.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Covid a jou\u00e9 dans les deux sens : renforcement de l\u2019ex\u00e9cutif et mise entre parenth\u00e8ses de la vie d\u00e9mocratique, mais risque aussi d\u2019\u00eatre jug\u00e9 sur les r\u00e9sultats de la gestion de la pand\u00e9mie. En R\u00e9publique Tch\u00e8que on a au moins deux phases : au printemps une r\u00e9ussite remarquable \u00e0 contenir le virus \u2013 et c\u2019\u00e9tait vrai pour une bonne partie des pays de l\u2019Europe Centrale qui ont \u00e9t\u00e9 moins affect\u00e9s, entre autres parce qu\u2019ils ont tr\u00e8s t\u00f4t ferm\u00e9s leurs fronti\u00e8res et impos\u00e9s des mesures rigoureuses et draconiennes. En France, alors que l\u2019Italie \u00e9tait en pleine pand\u00e9mie en f\u00e9vrier, on accueillait des milliers de supporters de la Juventus de Turin \u00e0 Lyon et les avions de Wuhan continuait d\u2019arriver \u00e0 Roissy sans aucun contr\u00f4le. Babi\u0161 avait \u00e0 ce moment-l\u00e0 un taux de confiance de pr\u00e8s des 3\u20444 (75%) de l\u2019opinion. Pour lui, contest\u00e9 l\u2019ann\u00e9e auparavant par des rassemblements de centaines de tch\u00e8ques et surtout les jeunes qui se mobilisaient contre ses conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats \u2013 car c\u2019est un entrepreneur et un politique qui avait tendance \u00e0 m\u00e9langer ses int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s des int\u00e9r\u00eats publics et les financements europ\u00e9ens. Contest\u00e9 en mai-juin 2019 il avait, dans la crise, retrouv\u00e9 la confiance de l\u2019opinion publique, et avait r\u00e9ussi \u00e0 se maintenir malgr\u00e9 la premi\u00e8re vague de Covid. Idem pour la Slovaquie qui a remarquablement bien encaiss\u00e9 la premi\u00e8re vague avec seulement 12 morts quand on en \u00e9tait \u00e0 30 000 en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais peut-\u00eatre \u00e0 cause de cette r\u00e9ussite \u00e0 contenir la 1\u00e8re vague ont-ils sous-estim\u00e9 ou n\u2019ont pas vu venir \u00e0 l\u2019automne la seconde vague qu\u2019ils ont pris de plein fouet. La R\u00e9publique Tch\u00e8que est devenue en janvier n\u00b01 en Europe pour le nombre de contaminations et idem pour la Hongrie. Leur discours suffisant s\u2019est estomp\u00e9, et avec \u00e7a, la confiance de l\u2019opinion envers les dirigeants. En un an, la R\u00e9publique Tch\u00e8que a chang\u00e9 5 fois de ministre de la Sant\u00e9 ! La confiance est li\u00e9e aux chiffres de la pand\u00e9mie et changer 5 fois en 1 an, \u00e9videmment, cela fini par se retourner contre le Premier Ministre. La pand\u00e9mie \u00e0 la longue favorise l\u2019\u00e9rosion de la confiance dans les gouvernants et leur capacit\u00e9 \u00e0 agir. Cela explique en grande partie la fa\u00e7on dont ils se sont ralli\u00e9s rapidement au projet de relance europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a eu cependant le cas sp\u00e9cifique de la Pologne et de la Hongrie en juillet dernier \u2013 qui n\u2019est cependant pas directement li\u00e9 au Covid \u2013 qui ont \u00e9mis des r\u00e9serves et menac\u00e9s de veto le plan de relance s\u2019il devait y avoir un lien avec les questions de l\u2019\u00c9tat de droit. Ils l\u2019avaient adopt\u00e9 dans un premier temps car ils \u00e9taient b\u00e9n\u00e9ficiaires des fonds allou\u00e9s, surtout la Pologne. Cette r\u00e9ticence \u00e0 l\u2019id\u00e9e de lier d\u00e9boursement des fonds \u00e0 l\u2019\u00c9tat de droit les a pouss\u00e9s \u00e0 faire obstacle au plan, y compris concernant le budget europ\u00e9en n\u00e9goci\u00e9 en m\u00eame temps. Il y a eu un bras de fer sous la pr\u00e9sidence allemande du Conseil de l\u2019UE avec un compromis trouv\u00e9 par Merkel introduisant une application restrictive de cette proc\u00e9dure de l\u2019\u00c9tat de droit se focalisant sur le bon usage des fonds, c\u2019est-\u00e0-dire le probl\u00e8me de la corruption. Mais la question de l\u2019\u00c9tat de droit touche beaucoup d\u2019autres questions, pas seulement de ces questions nouvelles : dans le cas de la Hongrie ou de la Pologne&nbsp;<strong>les questions de l\u2019ind\u00e9pendance de la justice ou de la Cour constitutionnelle d\u00e9j\u00e0 vis\u00e9es par des proc\u00e9dures de l\u2019article 7 du trait\u00e9 de l\u2019Union.&nbsp;<\/strong>La proc\u00e9dure devait \u00eatre \u00e9chelonn\u00e9e dans le temps : si un pays est vis\u00e9 cela doit aller devant la CJUE, qui elle-m\u00eame a une proc\u00e9dure assez lente pour donner son avis et donc. C\u2019est ce qui importait pour Orb\u00e1n, que cela ne puisse pas agir avant les \u00e9lections du printemps de l\u2019ann\u00e9e prochaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre chose importante \u00e0 mentionner \u00e0 propos du Covid est la question du vaccin. Il y a d\u2019abord eu la question des masques dont l\u2019Europe ne disposait pas dans un premier temps et o\u00f9 tout le monde \u00e0 l\u2019Est s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 pour acheter des masques chinois. Il y a eu ensuite la question des vaccins. L\u00e0, on a vu les Tch\u00e8ques, les Slovaques, les Hongrois, qui, devant la p\u00e9nurie de vaccins, la cacophonie et la lenteur europ\u00e9enne, c\u00e8dent \u00e0 la tentation de se tourner vers le vaccin chinois et surtout le vaccin russe Spoutnik. En Hongrie, il est possible de trouver les vaccins chinois et russe. Orb\u00e1n lui-m\u00eame s\u2019est fait vacciner avec le vaccin chinois. Le Premier ministre tch\u00e8que a la recherche du Spoutnik, allant jusqu\u2019en Serbie \u2013 qui venait de recevoir un arrivage massif de vaccins Spoutnik \u2013 pour n\u00e9gocier qu\u2019une partie de ces vaccins soient utilis\u00e9s en R\u00e9publique Tch\u00e8que. Le Premier ministre slovaque, avant-m\u00eame d\u2019attendre l\u2019avis des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes sur la fiabilit\u00e9 du vaccin Spoutnik, avait affr\u00e9t\u00e9 un avion et est aller r\u00e9cup\u00e9rer symboliquement \u00e0 la descente de l\u2019avion r\u00e9cup\u00e9rer les doses de vaccins. D\u2019ailleurs, \u00e7a lui a jou\u00e9 un mauvais tour parce qu\u2019aller r\u00e9cup\u00e9rer le vaccin russe alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas homologu\u00e9 par l\u2019UE \u2013 lui a co\u00fbt\u00e9 son poste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a d\u00fb d\u00e9missionner et a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un autre membre du gouvernement entre-temps.&nbsp;<strong>Il y a eu une gesticulation politique autour du vaccin avec bien s\u00fbr la diplomatie du vaccin des Chinois et des Russes. Cela a jou\u00e9 et \u00e9tait cens\u00e9 contribuer \u00e0 la division et la cacophonie europ\u00e9enne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On l\u2019a vu de fa\u00e7on plus prononc\u00e9e encore dans les Balkans. En Serbie en particulier qui a eu d\u2019abord les masques chinois au printemps 2020, les tests et puis, plus r\u00e9cemment, le vaccin avec un gros arrivage de vaccins chinois et russes \u00e0 Belgrade.&nbsp;<strong>Avec le pr\u00e9sident Vu\u010di\u0107 faisant l\u2019\u00e9loge des alli\u00e9s chinois et russes, \u00e9mu aux larmes en recevant les vaccins, embrassant le drapeau russe, etc. et ensuite proposant le vaccin aux citoyens des r\u00e9publiques ex-yougoslaves (mac\u00e9doniens, bosniens, etc.) qui voulaient venir se faire vacciner.&nbsp;<\/strong>Il y a clairement eu une diplomatie du vaccin qui ne renfor\u00e7ait pas beaucoup la bonne image de l\u2019Europe. Quand au printemps pass\u00e9, l\u2019UE avait interdit l\u2019exportation de tout mat\u00e9riel m\u00e9dical, y compris les masques vers des pays non- membres de l\u2019UE &#8211; Vu\u010di\u0107, le pr\u00e9sident serbe dit que \u00ab la solidarit\u00e9 europ\u00e9enne, c\u2019est un conte de f\u00e9es \u00bb, qu\u2019il n\u2019y a que des int\u00e9r\u00eats et que les Serbes doivent poursuivre le leur. C\u2019est pour cela qu\u2019ils se tournent vers nos amis russes et chinois. Certaines carences europ\u00e9ennes sur les masques et les vaccins \u00e9taient parfois exploit\u00e9es : Ici la pol\u00e9mique tournait autour du vaccin AstraZeneca. L\u00e0-bas le d\u00e9bat tournait autour du Spoutnik et du vaccin chinois. Le cas de la Serbie \u00e0 part, on peut dire que face \u00e0 la pand\u00e9mie l\u2019\u00e9rosion de la confiance dans les dirigeants locaux a \u00e9t\u00e9 tout compte fait plus prononc\u00e9e que celle envers l\u2019UE.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous \u00eates l\u2019auteur de nombreux ouvrages sur les Balkans et sur l\u2019\u00e9largissement de l\u2019UE. En quoi la question de l\u2019int\u00e9gration de ces pays est-elle diff\u00e9rente des \u00e9largissements pr\u00e9c\u00e9dents ? Il y a plusieurs diff\u00e9rences qui sont importantes pour comprendre la sp\u00e9cificit\u00e9 de chacune des situations. 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