Culture

Relance du projet européen ; Diversité culturelle ; Identité et cohésion européennes

« Le malaise actuel me paraît donc être une crise de l’esprit, une crise des esprits et des choses de l’esprit. » Cette citation de Paul Valéry, extraite de Variété IV, et bien que datant de 1938, trouve une certaine résonance aujourd'hui, dans une époque où l’UE traverse une crise multidimensionnelle : institutionnelle, démocratique, politique, sociale, migratoire, identitaire et même économique, alors que l’économie constitue précisément le fondement de celle-ci. L'UE est menacée par les tentations de repli sur soi : nationalistes et identitaires. À cela s'ajoute son échec à la création d'une identité européenne et son corollaire, le sentiment d'appartenance. La culture, qui est une construction sociale, par opposition à la nature et à l’inné, est un des éléments constitutifs de celui-ci. On peut la définir comme l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes, propres d’une population donnée. Le terme culture recouvre donc à la fois les règles et les usages de la vie en société, mais également la dimension artistique. Elle est donc un support mais aussi un révélateur d’expression, de pratiques et au fond, d’identités.

L'Union européenne s'est constituée sur des fondements économiques et ne s’est dotée que très progressivement d’une politique culturelle. Celle-ci a vu le jour, à partir de 1977, à l’initiative de la Commission européenne, qui a mis en œuvre un Plan d’action culturelle. Puis, elle s’est poursuivie avec la directive Télévisions sans frontières, en 1989. Cependant, c’est véritablement avec le Traité de Maastricht, que la communauté se voit conférer une compétence d’appui dans le domaine de la culture.

Les articles décrivent l’Union comme devant contribuer à l'épanouissement des cultures des États membres, dans le respect de leur diversité nationale, tout en mettant en évidence l'héritage culturel commun.

L’Union européenne a donc pour mission de contribuer à l'épanouissement des cultures des États membres ; en d’autres termes, tous les particularismes réunis par un héritage culturel commun. Précisément, l'action communautaire en faveur de la culture poursuit les objectifs suivants :

• Promouvoir la création dans sa diversité et contribuer au développement économique de ces secteurs.

• Renforcer le sentiment d'appartenance à une communauté européenne, dans le respect de la diversité des traditions et cultures nationales et régionales.

• Faciliter l'accès du citoyen européen à la culture, en tant que facteur d'intégration sociale : danse, opéra, peinture, sculpture, photographie, architecture, patrimoine mobilier et immobilier, audiovisuel (télévision, multimédia, édition électronique...).

• Soutenir les échanges culturels non commerciaux.

• Exploiter le potentiel d'emploi du secteur culturel.

• Promouvoir la diversité culturelle des pays de l'Union.

• Contribuer au rayonnement de la culture européenne dans le monde.

Conformément au principe de subsidiarité, l'Union n'intervient que si les objectifs de l'action envisagée ne peuvent être atteints de façon suffisante par les États membres. L'action communautaire ne se substitue donc pas à l'action des États mais la complète, afin d'encourager la coopération culturelle.

C’est donc une grande autonomie qui est laissée aux États membres pour concevoir et entreprendre des actions concernant les questions culturelles et patrimoniales. La question réside dans l’apport envisageable de l’UE aux États membres en termes de culture. On pourrait se permettre d’aller jusqu’à dire qu’elle se doit d’ajouter une valeur communautaire, car pour remplir ses objectifs, l’UE doit mettre en œuvre une politique qui va plus loin que le respect des cultures. Dans le même temps, cette aide européenne pose implicitement la question de la hiérarchie des objectifs communautaires.

Récemment, dans le cadre d’Europe 2020, l’UE a lancé un programme transversal, Europe créative, doté d’une budget d’1,46 milliard d’euros, qui soutient la création d’emplois et contribue à la croissance du cinéma, de la culture et de la création.

Cependant, il nous semble que davantage de choses peuvent être réalisées en faveur de la culture en Europe. Aussi, pour ce groupe de travail, l’objectif est de s’intéresser à la manière dont l’UE pourrait à la fois remplir les objectifs assignés par les traités, de manière plus satisfaisante et innovante, et dans le même temps, faire de la culture, un moteur de relance du projet européen.

Cela est possible si l’on convoque deux notions a priori opposées : le patriotisme et le multiculturalisme.

Le patriotisme européen qui d’après Annie Héritier, s’inspire du patriotisme constitutionnel de Jürgen Habermas, servirait de principe unificateur de la diversité culturelle nationale. Comme l'a écrit Romain Gary, « Le patriotisme, c'est l'amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres ». Cette définition témoigne d'un patriotisme ouvert que les Grecs appelaient « patriotisme prodigue ». Le patriotisme se définit comme un attachement à sa patrie, se manifestant par la volonté de la défendre, de la promouvoir. L'idée d'un patriotisme européen pourrait ainsi participer de la création d'une identité européenne ainsi que d'un sentiment d'appartenance qui en découlerait et il pourrait alors être le garant de cette diversité culturelle recherchée.

Pour ce qui est des modalités de mise en œuvre de la diversité culturelle, c’est le modèle multiculturaliste qui nous paraît intéressant d’étudier avec attention. Le multiculturalisme se définit comme la cohabitation de différentes cultures au sein d'une même société. Plus que cela, c'est un mouvement qui met l'accent sur la diversité culturelle et le respect des identités culturelles. Pour créer un attachement à la communauté européenne, il apparaît primordial que tous ses citoyens se sentent représentés et ce, de manière équitable. Le multiculturalisme est un modèle qui se propose précisément de ne pas hiérarchiser les cultures mais de les laisser s'exprimer librement. Il est un moyen de bannir un référent unique et d'assurer la représentativité de toutes les cultures. L'inclusion de cette diversité nous semble être un élément majeur qui peut conduire les citoyens à se sentir reconnus et désormais Européens.

À ce jour, la culture et le patrimoine sont reconnus d'intérêt général par le législateur européen. Autrement dit, il leur reconnaît des fonctions sociales et politiques. Ils permettent de promouvoir les intérêts fondamentaux et constituent le fondement de l'action publique.

L'idée de ce groupe est de penser l'UE comme un lieu commun et un nouveau modèle de société respectueux de la diversité des origines culturelles de ses citoyens. L'UE rassemble en son sein une véritable mosaïque de cultures, de traditions, de coutumes. À son échelle, soucieuse de créer une cohésion européenne, elle peut jouer un rôle majeur, un rôle unificateur. Elle peut se faire le gestionnaire et le garant de la diversité culturelle. En convoquant le mot « unificateur », il n'est pas question d’uniformiser ou de standardiser ; il est question de créer un lien, une cohésion entre toutes ces cultures. Autrement dit, la spécificité de l'identité européenne serait la diversité des cultures qui la composent. La culture européenne serait alors un moteur de l'identité européenne et un espace de représentation de l'intérêt collectif.

Ces particularismes culturels au sein d'un même pays et entre États membres existent déjà. L'enjeu est de les mettre en connexion et de leur donner plus de force. Cette identité ou communauté européenne de la diversité culturelle ne peut véritablement reposer sur l'être, dans la mesure où les êtres sont divers et multiples. En revanche, il est souhaitable qu'elle repose sur l'agir afin de s'incarner dans des objectifs et des projets communs. D'autant plus que l'action à l'échelle européenne est un moyen de prolonger la réflexion sur la place et le rôle de l'UE, puisqu'il est supposé que ce modèle multiculturel et patriotique dépasse l’État-nation. Cette conception de la culture européenne permettrait de surmonter la querelle hiérarchique entre l'identité nationale et européenne, puisqu'elle est un révélateur et un garant de la diversité et qu'elle ne repose pas du tout sur une identité fixe et unique, mais bien sur une identité d'actions, d'objectifs communs.

Nous proposons donc de penser une culture européenne faisant honneur à toutes les cultures qui font l’Histoire de l’Europe. C’est ainsi que ce groupe invite à engager le débat sur la place et les attentes des différents acteurs concernés par la culture : le public, les artistes, les pouvoirs publics.

Au cœur de ces débats, les notions de démocratisation de la culture pour tous les citoyens, en termes de moyens économiques et d’accessibilité ; la capacité à susciter l’intérêt pour la culture; la valorisation des cultures urbaines sans désavantager la culture classique ; les pratiques de création et d’expression artistique et culturelle libre.

Enfin, l’attention devra être portée sur les objets culturels - meubles ou immeubles - les enjeux environnementaux, le numérique, la protection des droits, la préservation, la conservation et la valorisation. La culture est un moyen d'apprendre, d'éduquer, de s'exprimer, d'accéder au bien-être et de concevoir un vivre ensemble satisfaisant, alors nous vous êtes les bienvenus pour participer.

Ainsi, nous vous invitons à commenter ce texte, à l’écrit ou à l’oral, et à nous rejoindre pour ce groupe de travail sur une thématique qui nous concerne tous. L'ambition de ce groupe est d’engager la discussion sur la politique culturelle européenne et notamment sur la diversité culturelle, l'accès à la culture et le soutien aux artistes. 

Docteur en droit privé, il a enseigné le droit des contrats et de la responsabilité civile au sein de l'Université Paris 2 Assas.

Sébastien Jouanneau
Responsable du contentieux des pratiques restrictives de concurrence au sein de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (Ministère de l'économie)

Sciences humaines, usages émergents des technologies de l'information et de la communication, design exploratoire, arts numériques.

Emmanuel Mahé
Directeur de l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs ; Directeur du doctorat Science, Art, Création, Recherche

Ancienne responsable des ateliers d'écriture et des « Soirées des bords de Louge », ancienne avocate à la Cour.

Nelly Antoine-Sebbah
Secrétaire générale de l'Association de la Compagnie Les Signatures

Chargé de cours en épistémologie à l'Université de Toulouse-le-Mirail. Ancien maire-adjoint de Muret chargé des Affaires culturelles.

Marc Sebbah
Fondateur du Prix du Jeune Écrivain ; Commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres.

Master 1 Études Européennes et Internationales, Master 2 Science politique internationale

Océane Cirera
Project Manager at EuropaNova

Intéressé par les différentes cultures et les écosystèmes, auditeur de l’IHEIE. Maître de conférences à SciencesPo Paris.

David Fajolles
Ancien Secrétaire Général de la Commission nationale française pour l’UNESCO

Citoyenne du monde passionnée par les relations exérieures de l'UE, enjeux liés au climat, énergie, culture et participation citoyenne

Lena Morozova-Friha
Déléguée Générale d'EuropaNova

Distinctio ipsam quam aut aut aut rerum maxime deleniti voluptatibus. Amet nostrum perferendis. Ex reprehenderit

Anthony Sinquin
Responsable qualité Valprim

Participation à la Convention sur la protection de la diversité des expressions culturelles. Rédactrice pour Nonfiction et Slate.

Kalli Giannelos
Ancienne Chargée de projet à la Commission nationale française pour l'UNESCO

Docteur en droit public. Chargée d’enseignement en droit et institutions européennes, procédures et droit des libertés fondamentales.

Elise Bernard
Directrice des Études d'EuropaNova

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