Guillaume Klossa, fondateur d'EuropaNova, analyse les voeux européens d'Emmanuel Macron

24/1/2018

Les vœux européens d’Emmanuel Macron : un appel à la responsabilité des citoyens pour refonder l’Union

Fait à peine commenté et pourtant inhabituel en dehors des périodes de crises, de référendums ou d’élections, le président de la République a consacré une partie majeure de ses vœux au projet européen.

2018 sera une année décisive, a-t-il souligné. Il a raison, l’agenda 2018 est périlleux pour l’Union : finalisation de la négociation avec Londres fixant les modalités du Brexit, discussions tendues sur le futur budget européen amputé de la contribution financière britannique, dossiers migratoires et sécuritaires « chauds » et refonte de l’Union économique et monétaire au menu…  Tous ces enjeux au cœur de son discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron les a en tête et pourtant il ne les a pas mentionnés lors de ses voeux. Il a préféré insister sur trois éléments encore plus fondamentaux.

Tout d’abord, en s’adressant à chacun d’entre nous en tant que citoyen européen et pas seulement français, il a rappelé que l’Europe n’était pas un sujet étranger, mais bien un élément consubstantiel de notre identité nationale. Nous sommes citoyens français et en même temps citoyens de l’Union et donc collectivement responsables de son devenir. Responsables quant à l’ambition que nous nourrissons pour l’Union, responsables aussi de transformer la France car comment penser une Europe forte sans une France forte ?

Ensuite, il a rompu avec la manière traditionnelle technocratique et descendante de « fabriquer l’Europe » en annonçant la tenue cette année de consultations citoyennes précédant les élections européennes. L’enjeu est majeur : remettre le citoyen européen au cœur du projet européen en lui permettant de faire remonter ses préoccupations et ses ambitions aux dirigeants de l’Union et donner à ces derniers la matière citoyenne pour « dessiner un grand projet » pour l’Europe.

Enfin, il a lui-même tracé une ambition pour l’Europe. En faire une puissance souveraine et démocratique, économique, écologique et scientifique dans la mondialisation qui permette aux Européens de reprendre en mains leur avenir. Cela suppose une refondation en profondeur de l’Europe d’aujourd’hui et un désir des Européens de penser ensemble leur destin qui n’ont rien d’évident.

Emmanuel Macron touche juste : pour réconcilier les citoyens avec le projet européen, il faut les mettre en situation de responsabilité, changer la manière de faire l’Europe et offrir un horizon ambitieux et progressiste et donc mobilisateur. Son approche, étayée par les eurobaromètres, correspond à une aspiration profonde d’une partie importante de la population européenne.

Reste une question pratique : comment mettre en œuvre ces vœux ? L’acharnement du président et de ses équipes à défendre leur vision est indispensable mais ne sera pas suffisant. Outre la bienveillance de la Commission et du Parlement, la France a besoin d’avoir à ses côtés les Etats-membres, ce qui ne peut se faire qu’avec la force d’entrainement du noyau dur européen, Allemagne, Italie et Benelux réunis.   Ceci suppose que dès le printemps prochain, les futurs gouvernements allemand et italien jouent la carte française. Plus encore, il faut qu’ils soient convaincus que les idées que portent Emmanuel Macron servent leurs intérêts et plus largement ceux de l’Europe. En d’autres mots, qu’Emmanuel Macron porte non pas des idées françaises pour l’Europe, mais des idées européennes. Reste qu’aucun gouvernement ne se mobilisera s’il ne sent une puissante mobilisation des citoyens et des leaders d’opinion. Là, la responsabilité des sociétés civiles, syndicats, entrepreneures, intellectuels, artistes, est majeure. Des mouvements comme Civico Europa ou Pulse of Europe qui fédèrent de nouveaux publics au-delà des clivages traditionnels entre fédéralistes et souverainistes ont un rôle clé à jouer. Mais ils ne le joueront pleinement que s’ils se sentent co-auteurs de la refondation du projet européen. Parions qu’une nouvelle fois les astres s’aligneront pour que les vœux d’Emmanuel Macron se réalisent.

Guillaume Klossa, essayiste (dernier livre : Une jeunesse européenne, Grasset), fondateur d’EuropaNova et de Civico Europa, ancien sherpa du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe au Conseil européen.